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Auteur
Anne Sophie Novel est économiste de formation, spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme. Elle est également l'une des rédactrices du blog...

Obama et le 11-septembre écologique


vendredi 18 juin 2010

En reprenant à son compte l’expression de "11-Septembre écologique" pour qualifier la marée noire au large des côtes du Golfe du Mexique, Barack Obama veut pousser son pays à repenser sa politique environnementale et énergétique. Mais, pour être vraiment "efficace", cette catastrophe devra permettre d'influencer les décisions et modifier les modes d’action en profondeur.


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Barack Obama qualifie désormais la catastrophe écologique qui sévit actuellement en Louisiane et dans le Golfe du Mexique de "11 septembre écologique":"De même que notre vision de nos vulnérabilités et de notre politique étrangère a été profondément modifiée par le 11 septembre, je pense que ce désastre va façonner notre réflexion sur l'environnement et l'énergie pour de nombreuses années" a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien Politico.  Si cela sous-entend que le gouvernement américain va s'engager dans la protection de l'environnement comme il l'a fait dans la protection de son territoire, de sa population et de son économie, alors nous ne pouvons en attendre que du bon.

Ceci étant, je m'interroge sur l'opportunité et les implications liées à l'usage d'une telle référence. Le 11 septembre est aussi synonyme de guerre, d'une réponse sécuritaire défensive très stricte (nombreux contrôles sur les flux de personnes, produits et service - notamment financiers) sans qu'il n'y ait de prise en compte globale et de remise en cause profonde des causes du terrorisme (on adopte plus des mesures de répression que d'anticipation, et lorsque cela est le cas, ce n'est pas forcément effectué dans les pays qui en ont le plus besoin au regard des origines de la menace que l'on cherche à repousser). Cela est aussi synonyme de bénéfices juteux dans le secteur de la sécurité, ou des entreprises ont vu leur chiffre d'affaires s'envoler et des mercenaires trouver de vrais marchés dans les pays en guerre.

Que penser, donc, de cette comparaison?

    * Le 11 Septembre a impliqué un changement de politique étrangère des Etats-Unis (et des autres pays, contraints aussi à suivre les mesures imposées par les Etats-Unis, et les institutions internationales ayant pris des mesures anti-terroristes fortes à cette époque)

    * Le 11 Septembre écologique impliquerait un changement de politique environnementale et énergétique (des Etats-Unis): cela provoquera-t-il un effet de levier et un changement identique dans les autres pays? Les institutions internationales mettront-elles en place des conventions internationales aussi fortes?

Mais encore: les deux "11 Septembre" ont provoqué un traumatisme. Ce traumatisme est durable dans le cadre du terrorisme, l'inconscient collectif est durablement affecté. Pour la marée noire liée à l'incident de la plateforme Deepwater Horizon, le traumatisme est assurément très profond aux Etats-Unis, mais

1) les autres pays ne ressentent pas le même traumatisme, l'inconscient collectif mondial est donc affecté différemment ….

 2)  et ce n'est pas la première fois que nous assistons à une marée noire et celle-ci n'est pas encore la pire de l'histoire… Ainsi, l'engouement et la précipitation des gouvernements qui ont suivi le 11 septembre dans le monde entier n'est pas comparable. Pourquoi cette marée noire provoquerait-elle un changement de politique alors que les précédentes marées noires n'ont pas eu cet impact? Parce que ce sont les Etats-Unis sont touchés sur leur sol cette fois-ci. Parce qu'il s'agit d'Obama et que l'impact de cet incident intervient peu de temps après son élection, comme cela a été le cas pour George Bush.

Effort Vert = effort de guerre?

Peut-on penser, dans ces conditions, que la marée noire qui touche aujourd'hui la Louisiane puisse provoquer chez les Américains une mobilisation aussi radicale que celle qui s'était formée aux Etats-Unis en 1942, après Pearl Harbor* - et qu'appellent indirectement de leurs vœux  des experts comme Al Gore ou Lester Brown?

Si Obama a compris que cette catastrophe est un moyen pour lui d'engouffrer son pays dans une véritable révolution écologique, en ayant un argument infaillible à opposer aux lobbies qui tenteront de se mettre sur sa route, il peut alors être à l'origine d'un vrai changement de paradigme.

Espérons donc que le président des Etats-Unis saura utiliser la marée noire et la pollution engendrée comme un point d'appui comparable au terrorisme transnational dans la mise en œuvre  de ses politiques. S'il s'acharne à mettre fin aujourd'hui à la prolifération des armes de destruction massives de l'environnement comme les Etats-Unis le font avec les armes de destruction massives traditionnelles, avec la même énergie, la même coopération internationale et les mêmes montants financiers, cela pourrait assurément être efficace.

Ainsi, cette catastrophe ne doit pas seulement "façonner (la) réflexion sur l'environnement et l'énergie" des Etats-Unis, elle doit influencer les décisions et modifier les modes d'action en profondeur.
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Anne Sophie Novel est économiste de formation, spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme. Elle est également l'une des rédactrices du blog...

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