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Jean-Baptiste Mougel : « Le commerce équitable attire les jeunes créateurs de micro-entreprises »


jeudi 26 avril 2007

Jean-Baptiste Mougel est commissaire général du 3eme Forum national du Commerce équitable, qui se tient les 27 et 28 avril à Paris, en ouverture de la 7eme quinzaine du Commerce équitable. Il répond aux questions de Newsteam.



default textVous organisez, les 27 et 28 avril à Paris, le 3eme Forum national du Commerce équitable. Quels faits marquants depuis l’édition de l’année dernière ?

Le premier élément le plus marquant est l’élévation du taux de connaissance des Français : 80 p.c. des Français savent ce qu’est le commerce équitable, alors qu’ils  n’étaient que 9 p.c ; en 2000. Il y a donc un « boom » sur la notoriété.
Le deuxième élément très fort, qui est lié au premier, est l’engouement des créateurs d’entreprises pour le commerce équitable. Nous le voyons au nombre de demandes de stands pour le Forum qui progresse : 30 la première année, 50 la seconde, 90 la troisième. Nous notons aussi que le secteur s’organise pour accompagner ces porteurs de projets.

Quelle forme prend cet accompagnement ?

Le conseil d’abord. Les boutiques de gestion de Paris ont mis en place une couveuse pour ces sociétés du Commerce équitable. De plus en plus de structures bancaires aident aussi au financement, qu’il s’agisse de banques comme le Crédit coopératif ou d’établissements solidaires comme la Nef .

Les projets sont généralement des toutes petites sociétés, des boutiques ou plus souvent des marques, dans le domaine de l’alimentaire, du textile, de la décoration, de la mode.

Le commerce équitable a commencé avec certains produits alimentaires, puis s’est étendu. Quels sont les secteurs les plus dynamiques ?

Je noterai surtout un secteur nouveau, qui est le service aux entreprises, le BtoB. Ce sont des petites entreprises qui offrent des services à de grandes entreprises qui souhaitent avoir une démarche responsable. Cela va des services de distributeurs de café aux traiteurs de produits bios en passant par les offres de cadeaux d’entreprises. Je citerai le cas de la société Té -Traiteur éthique qui fait un tabac en fournissant des produits bio équitables pour les réceptions de ministères, de grands groupes qui souhaitent sensibiliser leurs convives et afficher une attitude responsable.

La mode, la « tendance », est gagnée par ce type de produits. Voyez le succès d’une entreprise comme « les fées de Bengale », créée par trois jeunes femmes amoureuses de l’Inde.

Signalons encore les actions de sensibilisation des jeunes, comme le succès du jeu « Negocio » , primé par le concours Ekilibre du ministère de la cohésion sociale.

Propos recueillis par Yves de Saint Jacob

Le contexte

Le commerce équitable est une démarche qui consiste à acheter des produits un peu plus chers mais qui sont fabriqués d’une part dans le respect de l’environnement, d’autre part dans le respect des droits du travail , notamment des petits producteurs des pays pauvres.

Le commerce équitable est une goutte d’eau face au tsunami du commerce mondialisé (0,01 % du commerce mondial !). On a calculé qu’en 2006, chaque Français a dépensé 2,64 euros pour un produit « équitable ». Le consommateur suisse dépense plus : près de 20 euros par an. Mais les tenants de ce type de commerce considère qu’il y a donc une marge de croissance énorme et qu’il s’agit avant tout d’une attitude culturelle, particulièrement répandue chez les jeunes.

Le mouvement a vraiment commencé il y a 15 ans sur l’initiative de trois associations qui ont créé le célèbre logo Max Havelaar, appliqué d’abord aux producteurs de cafés, de bananes ou de chocolat. De l’alimentaire, le mouvement est passé au textile avec notamment la définition d’un coton bio. On a vu de grandes sociétés comme la Poste ou la SNCF conclure de gros contrats avec des entreprises comme Armor Lux pour la fourniture de tenues professionnelles « équitables ». Les labels , les normes ISO, les codes de déontologie se sont développés pour aider les entreprises à des « achats responsables ».

De l’ »artisanat éthique », on est également passé progressivement à la mode. La Redoute a inclus des produits Max Havelaar dans son célèbre catalogue, Monoprix vante ses 68 références de vêtements en coton 100% biologique et équitable, et les jeans Levi’s ont une gamme « EKO ». L’ »équitable » est devenu un label de promotion des marques.

A l’autre bout de la chaîne, on a vu apparaître, dans un esprit militant, religieux ou humanitaire, l’organisation de communautés productrices : Misericordia (ateliers de confection au Pérou), Azimuts (artisans du Népal), « La vie devant soie » (femmes cambodgiennes). De véritables entreprises se sont constituées en partant du même principe, comme aux Etats-Unis American Apparel (ouvriers mexicains de Los Angeles) ou Veja Taua (la basket en coton biologique et en caoutchouc sauvage amazonien du Brésil).

Une vingtaine de ces collectifs de producteurs seront présents au 3eme Forum national organisé les 27 et 28 avril à la Cité des Sciences,  Porte de la Villette à Paris et les organisateurs mettent l’accent sur ces témoignages qui permettent de constater que « l’impact sur la production au sud est réel », selon l’expression du commissaire général du Forum, Jean-Baptiste Mougel.

Le Forum est organisé en ouverture de la 7eme quinzaine du commerce équitable  par trois institutions : la « plateforme du commerce  équitable », Max Havelaar France et par le groupe SOS. 10.000 visiteurs sont attendus aux stands et diverses conférences.

L’Ademe  a expliqué de façon très concrète ce qu’est un produit équitable. L’association a notamment retracé le carnet de route d’un tee-shirt, depuis la culture du coton et ses besoins en eau et  en pesticides, la teinture des étoffes , la filature et ses besoins en énergie, la fabrication, le transport  puis l’entretien et la fin de vie du produit. L’ADEME a de même examiné le « cycle de vie » d’un jean (écouter l’émission faite par la Radio Suisse Romande sur cette étude.
L’association Clean Clothes Campaign a montré comment se décompose le prix d’une paire de baskets de 100 euros , avec les 0,50 euros qui reviennent aux salaires des producteurs de l’atelier.

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